Par Melissa Lem et Melanie Langille


Le système de soins de santé de la Colombie-Britannique est en crise, et il s'agit d'un sombre avertissement pour le Nouveau-Brunswick si le moratoire sur la fracturation, en vigueur depuis dix ans dans la province, est menacé.


Stimulée par les activités de fracturation, la Colombie-Britannique s’investit depuis des années dans le développement d’une industrie massive d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL). Malheureusement, nous savons par expérience à quel point cette industrie est néfaste pour notre système de santé.


Tout d’abord, examinons de plus près les effets précis de la fracturation hydraulique sur la santé. Dans une lettre envoyée au premier ministre du Nouveau-Brunswick en mai dernier, nous avons souligné, avec trois autres experts, les liens entre la fracturation hydraulique et des problèmes de santé comme l’asthme, la leucémie infantile, les naissances prématurées, l’insuffisance cardiaque et bien d’autres encore, y compris des références à plusieurs travaux de recherches médicales.


Certaines indiquent également que les procédés d’extraction utilisés pour la fracturation peuvent accroître l’exposition au radon, qui est la deuxième principale cause du cancer du poumon au Canada. D’ailleurs, l’exposition au radon représente déjà un enjeu au Nouveau-Brunswick, où un foyer sur quatre présente des niveaux élevés de radon naturel.


Les médecins qui travaillent dans le nord de la Colombie-Britannique, à proximité des puits de forage, sont témoins quotidiennement des effets et des coûts de la fracturation sur la santé. Ces personnes signalent notamment des cas de maladies pulmonaires rares, de tumeurs et de cancers, qu’elles associent à la pollution attribuable à la fracturation hydraulique. Or, certaines d’entre elles ont choisi de quitter leur collectivité pour protéger leur santé et celle de leur famille.


Par exemple, au moins sept médecins ayant quitté Dawson Creek ont cité leurs préoccupations concernant les impacts du GNL et de la fracturation hydraulique comme l'une des principales raisons de leur départ. Cela représente environ la moitié des 15 à 20 médecins de famille qui assurent les services d’urgence et les soins primaires dans la ville. D’ailleurs, le service d’urgence de Dawson Creek a été fermé à plusieurs reprises l’an dernier en raison du manque de personnel.


Les coûts de la fracturation hydraulique pour le système de santé de la Colombie-Britannique sont considérables, et il en ira de même pour le système de santé du Nouveau-Brunswick, déjà très sollicité, si on y permet la fracturation hydraulique. Précisons que la province compte une proportion plus élevée de personnes âgées que la plupart des provinces, y compris la Colombie-Britannique. En plus de nécessiter davantage de soins de santé, les personnes âgées sont parmi celles qui subissent les conséquences les plus graves de la fracturation hydraulique, notamment l’insuffisance cardiaque et les décès prématurés, toutes causes confondues.


Les effets des changements climatiques, attribuables à l’extraction des combustibles fossiles, mettent également une pression accrue sur les systèmes de santé provinciaux, qu'il s'agisse de vagues de chaleur, d’inondations records ou d’ouragans d’une ampleur historique. Tous ces phénomènes météorologiques extrêmes constituent une véritable crise de santé publique, car chaque catastrophe augmente la demande de soins d'urgence immédiats et de soins de suivi à long terme. La situation ne fera qu’empirer si le Nouveau-Brunswick donne libre cours à la fracturation et facilite la combustion d’un plus grand nombre de GNL dans le monde. 


La population néo-brunswickoise sait que son système de santé est sous pression, et plus de la moitié craint de ne pas pouvoir recevoir des soins en temps voulu. Si le gouvernement autorise la fracturation hydraulique, la pression exercée sur le système de santé ne fera que s’accroître, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus répondre à la demande. Les médecins et le personnel infirmier seront également exposés à une pression accrue, et n’auront peut-être d’autre choix que de partir.


La Colombie-Britannique retient de dures leçons de cette situation, qui aurait pu être évitée. Il y a dix ans, le Nouveau-Brunswick a eu la bonne idée de mettre fin par voie législative à la fracturation hydraulique, en se basant sur les risques probants et inacceptables que ce type d’activités pose pour la santé humaine et environnementale. Depuis, les preuves ont continué de s’accumuler. La Colombie-Britannique aurait dû suivre l’exemple du Nouveau-Brunswick.


Mais l'expérience nous a montré que les victoires environnementales peuvent être renversées - ou discrètement démolies. En 2019, le gouvernement progressiste-conservateur du premier ministre Blaine Higgs a adopté des modifications réglementaires pour permettre la reprise de la fracturation dans la région de Sussex. Cette décision en a surpris plus d'un.


Au printemps dernier, l'Association canadienne des médecins pour l'environnement, Poumon NB et l'Association canadienne des infirmières et infirmiers pour l'environnement ont demandé au premier ministre Higgs de légiférer pour interdire de façon permanente la fracturation afin de protéger la santé des Néo-Brunswickois et d'éviter que le système de soins de santé ne soit davantage sollicité. Nous attendons toujours.


La Dre Melissa Lem est médecin de famille à Vancouver, en Colombie-Britannique, et est également présidente de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement.
Melanie Langille est scientifique de l’environnement et directrice générale de Poumon NB.

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